Prostitution et Révolution

par Clyde Plumauzille

Prostitution et Révolution. Les femmes publiques dans la cité républicaine (1789-1804) , Clyde Plumauzille, Champ Vallon, 350 p., 27 €.

Extrait

La Révolution signe l’acte de naissance de la « tolérance » de la prostitution dans la capitale. Encore faut-il s’entendre sur cette notion de « tolérance » : il ne s’agit nullement de reconnaître, mais de contrôler un groupe de femmes infâmes pour l’intégrer, sous tutelle policière, aux marges de la communauté civique régénérée.

En ce sens, l’étude du phénomène prostitutionnel permet de revisiter la question du droit de cité des femmes sous la Révolution française. Il ne s’agit pas d’interroger la capacité politique des femmes en Révolution, mais bien plutôt de questionner leur droit à la cité à travers leurs modes d’existence et d’expérience dans le paysage urbain parisien. Les logiques d’exclusion qui viennent déterminer sur le terrain la « condition prostituée » reposent sur un ensemble de situations de « moindre droit » : moindre droit à la protection des autorités, à la présomption d’innocence, à la libre circulation dans l’espace public, à une inculpation en règle et circonstanciée. Elles révèlent la face cachée de la citoyenneté et les rapports de domination de genre, de classe et de sexualité qui organisent la redéfinition d’un ordre public républicain.

À l’épreuve d’une étude empirique, la prostitution révolutionnaire n’est plus tant cette formidable débauche que le XIXe siècle s’est efforcé de construire, que le reflet d’une vulnérabilité sociale féminine et juvénile, irrégulière et extravertie, qui « colle » au pavé de la rue parisienne et se trouve en décalage avec l’idéal « conjugaliste » républicain ».

Table des matières

INTRODUCTION

LA PROSTITUTION EN REVOLUTION, UN « NON-LIEU D’HISTOIRE »
De l’histoire de la prostitution à l’histoire de la Révolution : un rendez-vous possible et nécessaire

Sources et méthodes : « traquer les prostituées »

A – Les « papiers » des commissaires : archives de la pratique policière de la prostitution

B – Les hospices-prisons de la Révolution

C – Les archives de la surveillance : l’administration de papier de la prostitution

D – Listes et lettres de prostituées : d’autres regards sur la prostitution
Penser le droit à la cité des prostituées dans la société régénérée

CHAPITRE LIMINAIRE : TROUBLE DANS LES MŒURS

A – Dire et faire dire la sexualité prostitutionnelle

B – Le « fléau de la prostitution »

C – Du « grand renfermement » à la « petite clôture » : règlementer pour contrôler

PARTIE I

I. Profil et itinéraire d’une population de « filles » construite par l’action policière

A – Qui sont les « femmes publiques » du Paris révolutionnaire ?

B – « Journalières » de la sexualité

C – L’économie morale de la prostitution

II. Un sens aigu du placement : le territoire parisien de la prostitution à la fin du XVIIIe siècle

A – Paris, capitale de la prostitution

B – Le « marché aux putains » du Palais-Royal

III. La sous-culture de la prostitution révolutionnaire

A – Entourages et partenaires de la prostitution

B – Les arts de faire de la prostitution

C – « Les filles paraissent donc devoir être ma dernière ressource » : Alexandre Brongniart et la prostitution du Paris révolutionnaire

PARTIE II

IV – Murmures du peuple, silence des lois. La dépénalisation de la prostitution et la démission du pouvoir législatif (1789-1792)

A – La police des mœurs au XVIIIe siècle : retour sur une « équivoque manière de tolérer et de proscrire »

B – Les cahiers de doléances : sondage d’un horizon d’attente sur la prostitution en 1789

C – De la dépénalisation silencieuse à l’intolérance tacite, 1789-1792

V – Une dépénalisation manquée. La mise en administration de la prostitution (1793-1799)

A -1793 : le « retour du refoulé » de la prostitution à la barre de l’Assemblée

B – Le tournant de l’an II : l’arrêté de la Commune contre les « femmes de mauvaise vie » du 4 octobre 1793, la mise en œuvre d’une nouvelle « rationalité incriminatrice » de la prostitution

C – La République directoriale, laboratoire d’une administration des mauvaises mœurs

PARTIE III

VI – Policer les mœurs, réguler le scandale : la communauté des « honnêtes citoyens » contre la prostitution

A – L’Affirmation d’une police de la prostitution

B – L’action du commissaire de la Butte des moulins : une action plus régulatrice que répressive.

C – Les « entrepreneurs de morale » du quartier de la Butte des moulins

VII – « Arrêtée comme femme publique » : retour sur la stigmatisation

A – L’étiquetage d’un gibier de police

B – L’appel à la justice des femmes enfermées pour prostitution : la mobilisation d’une puissance d’agir citoyenne

CONCLUSION

8 novembre 2016
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