Permanences et mutations des espaces du spectacle vivant dans la ville (de 1750 à nos jours)

Appel à communication

Journée d’études, 15 novembre 2018

Université Bordeaux-Montaigne

(UBM, Clare/ARTES ; UCA, CHEC)

Appel à communication

Cette journée d’études s’inscrit dans la continuité des travaux amorcés lors de la rencontre du 17 octobre 2017 à Clermont Ferrand intitulée Hybridité des espaces de création et pluralité des formes scéniques (1760-1860).

Ces travaux de recherche visent à faire se rencontrer historiens du théâtre et spécialistes de l’architecture dans le but de questionner l’histoire des spectacles à la lumière des lieux scéniques, dans toute la complexité de leur définition. Là où l’histoire de l’architecture des théâtres s’est globalement focalisée sur quelques archétypes inspirés de monuments remarquables, l’étude des espaces de spectacle et de divertissement révèle a contrario une grande diversité de formes, d’échelles, d’usages.

Ce type de recherche butte parfois sur l’absence de traces, notamment iconographiques, susceptibles de permettre une identification ou une reconstitution de ces lieux pour la plupart disparus. Mais ces disparitions ne sont parfois que des transformations, laissant d’infimes preuves dans la ville dont témoignent par exemple des vestiges de façade, à l’instar de l’UGC de Bordeaux installé dans les murs du Théâtre des Arts bâti un siècle plus tôt, lui-même héritant de la réserve foncière du Théâtre Louit disparu dans les flammes, qui avait pris place dans la continuité d’un Cirque Olympique aménagé en 1835 dans un hôtel particulier. Les cas similaires sont nombreux : à Paris, Victor Louis construit au Palais Royal une salle inaugurée en 1783, qui servira d’abord aux marionnettes de Lomel puis aux jeunes comédiens sous la protection du comte Beaujolais. Rachetée par Mlle Montansier et reconstruite partiellement, cette salle servira de théâtre puis de café avant d’être rachetée par Dormeuil pour y installer le Théâtre du Palais Royal. En 1880, l’architecte Paul Sédille opère de lourdes modifications et aménagements à la salle, toujours active aujourd’hui.

Un lieu de spectacle abandonné est souvent transformé quand il n’est pas détruit, pour profiter de son emplacement, de ses murs, pour en changer la destination. Des activités liées au spectacle et au divertissement perdurent, sur plusieurs siècles parfois, dans la ville à des échelles plus grandes que celles de bâtiments pour se penser au niveau de quartiers ou d’îlots. Les monuments architecturaux quant à eux semblent stables derrière leurs façades immuables. Leur histoire montre pourtant bien souvent des transformations de leurs espaces intérieurs, scénographies, ornements pas toujours dictées par le besoin mais seulement par le changement de direction imposant sa marque, ses goûts en la matière. La longévité des édifices amplifie ce constat, mais des bâtiments récents ont d’ores et déjà subi pour certains des transformations significatives ; à l’exemple de la Maison de la Culture de Grenoble, construite en 1968, profondément transformée au début des années 2000. En outre, un lieu de spectacle en fonctionnement subit par la force des choses des transformations ne serait-ce que par l’usure de ses équipements mais aussi pour s’adapter à de nouvelles conceptions des spectacles et des scènes – au Théâtre des Célestins à Lyon, à l’Opéra-Théâtre de Clermont-Ferrand.

Ces permanences et ces mutations des espaces de spectacles et divertissements (bâtiments, quartiers) peuvent être observées à travers le temps court et le temps long, justifiant ainsi l’amplitude chronologique de la journée. Elles opèrent au niveau de l’implantation des espaces dans la ville, des intérieurs et des façades ; elles interrogent tant les usages que les marques des choix esthétiques et les effets des changements de programmation et de goût du public.

Sans prétention à l’exhaustivité, cette journée d’études sera l’occasion d’analyser quelques cas permettant d’appréhender ces problématiques dans une perspective synchronique ou diachronique. Les études s’inscriront principalement en France mais les propositions relatives à d’autres aires seront également les bienvenues.

Approche cartographique : géographie des lieux de spectacles réels ou rêvés dans la ville. Les études sur les lieux de spectacles des villes de province se limitent trop souvent aux Grands théâtres/Théâtres Temples qui émergent dès les années 1750 en France alors que les archives (bâtiments civils, plans et représentations figurées, procès-verbaux de police, presse) renseignent sur des espaces et des lieux de spectacle variés et parfois insolites, éphémères ou durables, conventionnels ou hybrides qui dessinent le paysage urbain et l’offre artistique d’une ville. Approche urbanistique : implantation des lieux du spectacle vivant et du divertissement dans la ville ; permanence et mutations des quartiers dédiés au spectacle. Approche architecturale et scénographique : images et représentations du lieu de spectacle dans la ville, à l’évolution des usages et des activités. Articulation de ces permanences et mutations avec la programmation artistique, le goût du public en matière de spectacles et divertissements.

Bibliographie indicative

Revue Histoire urbaine, « Les loisirs et la ville : espaces, institutions, pratiques », 2000/1. « Aller au théâtre », 2013/3.

Pauline Beaucé et Cyril Triolaire, « Les Wauxhalls de province en France : nouveaux espaces hybrides de divertissement et de spectacle d’une ville en mutation », Revue Dix-Huitième Siècle, n° 49, p. 311-326, 2017.

Marie-France Cussinet, L’architecture théâtrale en province (1870-1914), thèse de doctorat en histoire de l’art, Université Clermont-Ferrand, 1995.

Jean-Claude Daufresne, Fêtes à Paris au XXe siècles : architectures éphémères de 1919 à 1989, Liège Mardaga, 2001.

Sandrine Dubouilh, Une architecture pour le théâtre populaire, 1870-1970, Paris, Éditions Actualités de la Scénographie, 2012.

Christian Dupavillon, Architectures du cirque des origines à nos jours, Paris, Le Moniteur, 2002 (rééd.).

Rafaël Magrou, Scènes d’architecture : nouveaux lieux de spectacle en France 2000-2007, Paris, Ed. du Patrimoine, 2007.

Daniel Rabreau, Apollon dans la ville. Le théâtre et l’urbanisme en France au XVIIIe siècle, Ed. du patrimoine, 2008.

Daniel Rabreau, Le Théâtre de l’Odéon : du monument de la Nation au théâtre de l’Europe, naissance du monument de loisir urbain au XVIIIe siècle, Paris, Belin, 2007.

Michèle Sajous d’Oria, Bleu et or. La scène et la salle en France au temps des Lumières (1748-1807), CNRS éd., 2007.

Jean-Claude Yon, Théâtres parisiens, un patrimoine du XIXe siècle, Éditions Citadelles & Mazenod, 2013.

Les propositions de communication (min. 2000 signes), accompagnées d’une courte bio-bibliographie sont à envoyer aux trois organisateurs avant le 15 juin 2018 : Pauline Beaucé (pauline.beauce@u-bordeaux-montaigne.fr), Sandrine Dubouilh (sandrine.dubouilh-frechet@u-bordeaux-montaigne.fr) et Cyril Triolaire (cyril.triolaire@uca.fr).

6 mars 2018
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