Histoire & mémoires de Conventionnels

L’Écriture d’une expérience. Histoire & mémoires de Conventionnels

Sous la direction de Michel Biard, Philippe Bourdin, Hervé Leuwers & Yoshiaki Ômi

La Société des études robespierristes publie, dans sa collection « Études révolutionnaires », ce volume collectif issu de deux rencontres (Tokyo, 2013 — Ivry-sur-Seine, 2014) au cours desquelles les historiographies françaises et japonaises ont pu se confronter et s’enrichir mutuellement.

213 pages. 20 €.

Extraits

Le tri mémoriel révèle les difficultés à considérer la Révolution comme un bloc. Les failles, les silences, les ellipses de l’écriture traduisent les hésitations devant l’histoire que les grands témoins ont conscience d’avoir forgée, ou leur prudence au regard du présent subi. Ainsi des représentants en mission montagnards étudiés par Michel Biard. Ils invoquent la soumission ou les circonstances, se réfugient derrière un hypothétique « système de Terreur » qu’affirme l’historiographie du XIXe siècle, tandis que sur les guerres de Vendée, sur leur relation à l’« Incorruptible » et sur le personnage de Carrier se fixe leur malaise. Plus rares sont ceux qui pourfendent les manipulations des dictionnaires et des listes, la fabrication du bouc-émissaire Robespierre, depuis la Convention thermidorienne jusqu’à la Restauration. Ils préfèrent dénoncer les termes outrageants et impropres de « proconsuls », ignorants du contrôle des pouvoirs délégués, rappeler le courage et le désintéressement qui conduisirent leurs actions pour conforter l’effort de guerre, et omettre plusieurs de leurs décisions frappant les populations civiles. L’institution des missions n’est finalement pas remise en cause, le rôle des Montagnards est encensé, les louanges de la Révolution chantées, la fibre patriotique stimulée. Le modéré Debry, lui, prend soin de ne dévoiler aucun des réseaux qui ont permis son ascension. Toutes les dénonciations personnelles qu’il profère ne concernent que des acteurs morts (Danton, Saint-Just, Robespierre) ou hors d’état de nuire (Barère) ; la mise en accusation de La Fayette, sur sa proposition, le 8 août 1792, le hante, d’autant que l’étoile du « héros des deux mondes » brille à nouveau. S’il parie sur la victoire finale de la Révolution, son cas n’inquiète pas la police française, qui en revanche se saisira du manuscrit de Carnot en 1823. […]

Si les grands témoins contribuent largement à fixer les dates principales de la chronologie et à élaborer des interprétations divergentes qui structurent jusqu’à nos jours l’historiographie de la Révolution, ils sont néanmoins plusieurs à s’ériger en notaires de la décennie. Ils repoussent à ce titre les héritiers illégitimes : les historiens qui, en même temps que les interprétations qu’ils en offrent, nourrissent leurs propres carrières publiques. Loin d’écrire isolément, les Conventionnels-mémorialistes se lisent réciproquement et croisent leurs souvenirs avec ces récits et ces analyses. Comme le montre Mette Harder, sûrs de la valeur éminente du témoignage vécu, Choudieu, Sergent, Dubois-Crancé et Baudot, ou les descendants de Boyer-Fonfrède et de Merlin de Thionville, contestent les œuvres de Thiers, de Mignet et de Nodier : les oublis, les anachronismes, la partialité les heurtent. Ils n’épousent pas le regard indulgent de Barère sur les jeunes historiens — et notamment envers Léonard Gallois —, grâce à la recherche et à la plume desquels l’ancien Montagnard voit la possibilité de passer outre les conflits qui avaient opposé les hommes de sa génération et de réhabiliter la Convention au sein d’une histoire « nationale ». Ils ne se rendent pas pour autant au cynisme de Fouché, adepte dans l’art de manipuler l’opinion, et prêt à cultiver le paradoxe : prêcher l’oubli de la Révolution, particulièrement dans ses excès, pour mieux en préserver les principes — entre autres l’égalité et l’indivisibilité de la nation.

Table des matières

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20 mars 2016
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