Echos de la Marseillaise (II) 

l’héritage des Lumières et de la Révolution française dans les constructions nationales au XIXe et XXe siècles

JOURNEE d’ETUDES
13 avril 2017
Université Montpellier III

Organisation : Stéphanie Roza (CNRS, IRCL)

Depuis maintenant plus d’un demi-siècle, la Révolution française a été réinscrite par l’historiographie dans le cycle plus large des « révolutions démocratiques » [Palmer 1959] incluant la révolution américaine (1773-1783), la révolution caraïbe (1791-1802/1804), mais également d’autres révolutions plus ou moins achevées comme celle des Provinces-Unies (1783-87), de Belgique (1786-91), de Pologne (1791-1794), d’Irlande (1796-1798) et le « triennio » des républiques italiennes (1796-1799). Son caractère exceptionnel, messianique et unique a été discuté, parfois radicalement [Jourdan 2004] ; son lien avec la révolution survenue pendant la même période dans d’autres domaines, notamment économique, a été mis au centre de certaines analyses [Hobsbawm 1962] ; on a étudié la politique de la « grande Nation » pratiquée par le Directoire dans le but de constituer un « glacis » de républiques sœurs autour de la France [Vovelle 2000, Serna 2009] ; enfin, l’attention portée aux transferts d’idées, aux importations institutionnelles, aux circulations des individus impliqués dans plusieurs processus révolutionnaires successifs ont permis de désenclaver et de dynamiser une lecture demeurée longtemps franco-centrée du processus survenu dans l’hexagone entre 1789 et 1799.

Néanmoins, de nombreux historiens persistent à souligner que le radicalisme, le soutien populaire, et l’incarnation de la Révolution française dans l’Etat le plus puissant d’Europe ont indéniablement contribué à conférer à l’événement une portée à nulle autre pareille. La Révolution française a imposé, aux yeux de ses admirateurs comme de ses détracteurs, une nouvelle vision du monde et de la société, suscitant bien plus d’émules que n’importe quel autre processus révolutionnaire contemporain : c’est la Révolution française qui mérite, plus que tout autre, le qualificatif de « Révolution majuscule » (Jean-Pierre Jessenne).

Sans chercher à rouvrir ou à poursuivre directement ces débats historiographiques, nous souhaiterions à l’occasion de cette journée d’études interroger plus spécifiquement le contenu philosophique et politique de l’influence du XVIIIe siècle français sur les processus révolutionnaires survenus dans son sillage, ou qui s’en sont peu ou prou réclamés, par le prisme de la théorisation de ces processus par leurs acteurs. Loin d’espérer faire un tour d’horizon complet, il paraît néanmoins possible, à partir de certains exemples précis, de déterminer en particulier ce que l’idée nationale moderne, telle qu’elle émerge par exemple en Allemagne et en Italie au XIXe siècle ou en Turquie au tournant du XXe siècle, doit à la France des Lumières et de la Révolution. Dans cette perspective où l’histoire intellectuelle croise l’histoire des transferts culturels et politiques, on cherchera à distinguer ce qui relève de l’héritage des Lumières françaises de ce qui relève de celui de la Révolution proprement dite.

Les questions abordées pourront donc être les suivantes : comment les différents acteurs de ces processus (qui peuvent prendre la forme de luttes de libération ou d’unification nationale), gouvernants, publicistes, militants, conçoivent-ils et assument-ils leur propre rapport au XVIIIe siècle français ? Quelle part font-ils aux spécificités de la culture autochtone ? Que souhaitent-ils importer de France ? Comment pensent-ils la synthèse entre ces deux sources de la nation moderne : compromis, accommodement ou imposition de certains principes contre certaines traditions locales dont la disparition est considérée comme nécessaire ? On l’aura compris, plutôt que de faire porter l’essentiel de l’étude sur l’influence institutionnelle concrète de la France, on cherchera à interroger les productions intellectuelles qui ont accompagné les changements dans leur diversité : pamphlets, traités, traductions de textes français, articles de journaux, discours, correspondance, etc. On s’attachera également à être attentif aux éventuelles tensions qui les traversent.

Bibliographie sommaire :

Albertone Manuela et De Francesco Antonini, Rethinking the Atlantic world. Europe and America in the Age of Democratic Revolutions, New York, Palgrave Macmillan, 2008
Biard Michel et Dupuy Pascal, La Révolution française. Dynamiques, influences, débats, (1787-1804), Paris, A. Colin, 2004
Ducange Jean-Numa, La Révolution française et l’histoire du monde, Paris, Armand Colin, 2014
Godechot, Jacques, La grande Nation, Paris, Aubier, 1956
Hobsbawm Eric, L’ère des Révolutions, Bruxelles, Ed Complexe, 1988
Jourdan Annie, La Révolution, une exception française ? Paris, Flammarion, 2004
Leśnodorski Bogusław, Les Jacobins polonais, Société des études robespierristes, 1965
R. R. Palmer, The Age of the Democratic Revolution : A Political History of Europe and America (1760-1800), Princeton, PUP, 1959 (I) et 1964 (II)
Serna Pierre (dir.) Républiques sœurs : le Directoire et la révolution atlantique, Rennes, PUR, 2009.
Vovelle Michel Les républiques-sœurs sous le regard de la Grande Nation 1795-1803. De l’Italie aux portes de l’Empire ottoman, l’impact du modèle républicain français, Paris, L’Harmattan, 2000.
Vovelle Michel, Les jacobins. De Robespierre à Chevènement, Paris, La Découverte, 1999

9 novembre 2017
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