Disparition de Bronislaw Baczko

par Françoise Brunel

Ces quelques lignes ne sont pas un hommage scientifique à Bronislaw Baczko, mort à Genève le 29 août 2016. Ses collègues (anciens élèves et amis), Michel Porret et François Rosset ont, dans Le Temps (4 septembre 2016), écrit les premières lignes de l’hommage que les universitaires sauront rendre à « cet intellectuel et professeur exceptionnel ». À la demande de Michel Biard, président de la SER, je me contenterai d’apporter un témoignage de profonde gratitude à la grande générosité de B. Baczko.

C’est à Genève, en janvier 1986, que j’ai eu la chance de rencontrer Bronislaw Baczko pour une réunion de travail qu’il n’hésitait pas à consacrer à deux historiens anonymes, Sylvain Goujon et moi-même. Nous avions le projet, enthousiasmant, mais un peu inconséquent, de publier un ensemble assez important de textes inédits autour du conventionnel Goujon, dont Sylvain conservait des papiers de famille. Le Bicentenaire de la Révolution en préparation apportait, certes, un lot sans cesse croissant de livres, mais la mode n’était plus, comme lors du Centenaire, aux publications d’archives. Goujon avait, naguère, consacré un mémoire à P. F. Tissot et obtenu, grâce à son maître Jean-Charles Biaudet, l’entrée d’un fonds important de ses papiers à la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne. À Genève, encouragé par le professeur Jean-Claude Favez, il avait été présenté à Bronislaw Baczko qui acceptait d’être son requérant pour obtenir une bourse du Fonds national suisse pour la recherche scientifique, lui permettant de prendre un congé de l’enseignement secondaire afin de réaliser le travail de transcription et d’annotation du manuscrit La vie de Goujon par Tissot dont son oncle lui avait légué la copie. En dépit des propos de mon collègue m’assurant de la patience toujours bienveillante de Bronislaw Baczko, j’étais assez impressionnée de discuter scientifiquement avec lui. Outre son « parcours », de Varsovie à Clermont-Ferrand puis Genève dont je savais quelques grandes lignes, extrêmement marquantes pour quelqu’un de ma génération, j’avais lu avec attention les ouvrages et articles publiés en français du grand « dix-huitièmiste » qu’il était. Rousseau. Solitude et communauté (trad. française 1974), Lumières de l’utopie (1978) m’avaient marquée par le renouvellement proposé de l’histoire des idées, imposant une réflexion historique sur la force des « idées-images ». Par ailleurs, la communication donnée au Ve Congrès international des Lumières de Pise (1979), « Former l’homme nouveau : utopie et pédagogie pendant la Révolution française », puis la substantielle introduction à Une éducation pour la démocratie (1982), le gros article sur « Le complot vandale » (1983) et la contribution aux Lieux de mémoires de P. Nora consacrée au « Calendrier républicain » (1984), m’impressionnaient par l’approche originale, distanciée et « pluri-dimensionnelle » que Baczko donnait à l’histoire politique de la Révolution procédant des « collisions entre ces représentations et les réalités » (Krzysztof Pomian, 1989).

Avec une amicale et exigeante patience, Bronislaw Baczko a suivi l’élaboration des « Martyrs de prairial » dont il a grandement facilité la publication chez Georg à Genève, honorant notre travail d’un bel avant-propos, « Mourir en conventionnel » (1992). Il me fit aussi, à partir de 1989, profiter d’un dialogue fructueux sur le « moment thermidorien ».

C’est par l’expression de cette gratitude intellectuelle que je veux, aujourd’hui, saluer Bronislaw Baczko.

Françoise Brunel

Merci aux Publications de la Sorbonne (et donc à l’université Paris 1) de republier, avec une introduction de Michel Porret, le texte de Bronislaw Baczko « La responsabilité morale de l’historien » (Varsovie, 1967, Paris, 1969).

9 septembre 2016
  • Facebook
  • Facebook

Vos commentaires


Aucune réaction pour le moment.