Comprendre et enseigner la Révolution française.

Ouvrage collectif dirigé par Ph. Bourdin & C. Triolaire

Comprendre et enseigner la Révolution française. Actualité et héritages , sous la direction de Philippe Bourdin et Cyril Triolaire, Belin, 401 p., 33 €.

Extrait [de l’introduction]

L’enjeu de mémoire

Ces écoles et ces querelles, comme le montreront les pages qui suivent, marquent indubitablement l’écriture des manuels scolaires et entretiennent plusieurs imaginaires, que sollicitent à nouveau les « révolutions » contemporaines du monde arabe à l’Ukraine, autoproclamées telles, parfois trop rapidement, parfois légitimement. Les références aux idéaux de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, à la lutte contre la tyrannie et l’oppression, renvoient aux événements français. Les symboles ressurgissent ou sont détournés — jusqu’aux bonnets rouges brandis en 2013 comme signes de ralliement des opposants bretons à de nouvelles taxes routières. Des archives de la Révolution, sorties des collections privées pour être mises aux enchères, sont encore susceptibles de soulever les passions — fussent-elles mues par la nostalgie du roman national. L’engouement suscité en 2012 par la vente de manuscrits de Robespierre l’a prouvé. Elle a suscité une souscription nationale pour les conserver aux Archives de France et éviter leur rétention par des investisseurs dont les moyens immenses ne cessent d’amputer de pièces précieuses le patrimoine historique français — ce qui n’est pas sans ironie grinçante quand on sait le soin mis par les révolutionnaires à créer archives et musées publics. À l’inverse, la reconstitution du visage de « l’Incorruptible », fondé sur les technologies modernes mais surtout sur des vestiges mortuaires des plus contestables, montre toutes les manipulations possibles à l’heure où l’image règne en maître : le député d’Arras doit faire peur pour mieux dénoncer la monstruosité d’une Terreur dont on ne conserve que les indéniables aspects répressifs… Il faut donc rapporter le plus justement possible dans le champ scolaire une période de référence aux origines de la France contemporaine et de la citoyenneté, si souvent citée, si souvent détournée ou manipulée, avec tous les anachronismes innocents, volontaires ou malveillants que peuvent produire les a priori et les affrontements partisans. Il faut comprendre les logiques de la Révolution française et de l’Empire, en mesurer les enjeux sur le court et le long terme, les héritages politiques, administratifs, juridiques, culturels et artistiques, analyser les modes de récit produits. En le dégageant de la gangue mythique et d’enjeux mémoriels qui ressortent de décisions ou de postures politiques ou polémiques, l’apprentissage scolaire devrait inciter au patient et contradictoire travail de l’historien, travail de reconstitution raisonnée et de confrontation de « vérités » parfois contradictoires. Cette aspiration à l’émancipation intellectuelle et à l’épanouissement des savoirs inspire notre volonté de faire dialoguer l’université et la recherche avec l’école primaire et secondaire. Elle conduit notre choix et celui de la Société des études robespierristes, maître d’œuvre de cette initiative accueillie, avec une confiance dont nous les remercions, par les Éditions Belin, de proposer non pas un ouvrage de séquences prêtes à l’emploi, mais un « livre du maître » au fait de l’historiographie la plus récente sur la Révolution et l’Empire. Incité à les traiter de manière sélective par des programmes scolaires qui, depuis un quart de siècle, en privilégient l’histoire politique et le modèle civique, sans exclure des choix thématiques (l’histoire des femmes, la religion), l’enseignant des écoles primaires, du collège et du lycée sera libre d’y puiser les thématiques qui lui semblent les plus appropriées au niveau et à l’hétérogénéité de ses classes. Il y trouvera d’abord des chapitres s’interrogeant sur l’orientation des directives ministérielles au regard des savoirs historiques, d’autres consacrés aux temps forts de la Révolution et de l’Empire, qui redonnent notamment sa place au Directoire ou aux guerres napoléoniennes, sans lesquelles la carte de l’Europe en 1815 devient incompréhensible. S’ensuivront diverses entrées ouvertes sur la société, le rôle des acteurs individuels ou collectifs, la vie culturelle et les arts, jusqu’aux représentations contemporaines de la Révolution et de l’Empire par le cinéma, le roman, la bande dessinée et les mangas. Chaque synthèse est accompagnée d’un dossier de documents et de pistes de réflexion permettant d’en tirer le meilleur parti pour tous les niveaux.

Table des matières

Liste des auteurs

On peut lire une recension de l’ouvrage sur le blogue Dissidences.
4 septembre 2016
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